LE SOMMEIL DE LA PERSONNE AGÉE

Nos aînés ont-ils besoin de moins de sommeil ?

C’est une idée encore assez répandue, basée sur un constat : à partir d’un certain âge, le temps de sommeil diminue fortement. Ceci associé avec une activité physique, sociale et intellectuelle moins intense, amenant à penser qu’il n’est pas nécessaire de récupérer autant que lorsqu'on était actif. Ainsi, on s’habitue à croire que les aînés ont besoin de moins de sommeil.

Dormir longtemps est d’autant plus nécessaire que la qualité du sommeil diminue ! 

C’est pourtant tout le contraire !

Les études maintenant nombreuses montrent qu’avec un temps de sommeil optimisé, les personnes âgées améliorent leurs capacités cognitives, et contrôlent mieux leur humeur. La sensation de sommeil réparateur est également meilleure. L'enjeu est donc bien de maintenir un temps de sommeil suffisant. Mais pourquoi a-t-il tendance à diminuer naturellement, et à perdre en qualité ?

3 facteurs contribuent à altérer la qualité du sommeil

Les levers nocturnes

Avec une diminution du tonus vésical, l’impériosité du lever pour uriner (que la quantité à éliminer soit importante ou non) est de plus en plus fréquente.

A partir de 70 ans, les levers nocturnes sont de 2 à 3 fois quotidiennement. Un sommeil entrecoupé a bien évidemment un impact très négatif sur la qualité générale de la nuit.

Mais une autre conséquence de ces insuffisances vésicales, bien plus importante, doit également nous alerter : les risques physiques d’un lever en pleine nuit. Avec un cerveau encore "embué" dans un demi sommeil, un corps plus fragile, des réflexes moins aguerris, les chutes nocturnes sont fréquentes, avec des conséquences qui peuvent être graves. 

(Voyez en conclusion quelques astuces pour les éviter) 

Le piège de la "sieste du soir"

Avec l’avancée en âge, la sécrétion de mélatonine par la glande pinéale survient de plus en plus tôt. C'est physiologique.

Et le piège est de chercher à lutter contre cela ! Voilà ce que l’on constate souvent : pour maintenir une vie sociale, on continue à partager des activités en soirée (cinéma, spectacle, ou simplement télévision dans le canapé).

Et inévitablement, on s’endort. Cette « sieste » de début de soirée est terrible, car elle décharge le cerveau de l’adénosine accumulée dans la journée, et diminue ainsi fortement la "pression de sommeil".

Rappelons que l’adénosine est une hormone essentielle pour provoquer l’endormissement, et le maintenir. Elle est sécrétée tout au long de la journée, et s’accumule dans le cerveau pour créer une « pression d’endormissement » qui croit progressivement. Lorsqu'on dort, l'adénosine est au contraire éliminée. la pression de sommeil diminue.

Revenons à notre aîné qui fait un "petit somme" devant la télé : à cause de sa petite sieste,  son taux d'adénosine dans le cerveau devient trop bas, la pression de sommeil est devenue trop faible, et il n'arrive plus à s'endormir une fois dans son lit. 

La diminution en qualité du sommeil lent profond 

Alors que le sommeil paradoxal reste relativement stable tout au long de notre vie, les analyses polysomnographiques montrent une altération de 70 à 90 % de la qualité du sommeil lent profond à 70 ans. (comparativement à 20 ans)

Nous commençons à cerner une première coupable : la beta-amyloïde. Protéine de dégradation de l'activité cérébrale, elle est normalement éliminée la nuit pendant notre sommeil. Or on constate chez certaines personnes une accumulation dans le cortex cérébral, siège du raisonnement et de la mémoire à long terme. Ce phénomène serait en rapport avec privation chronique de sommeil.

Et cela pourrait avoir des conséquences sur la qualité des fonctions cognitives (mémorisation, compréhension, concentration) et physiques de nos aînés, notamment chez les patients atteints de la maladie d'Alzheimer.

Les travaux récents montrent des résultats si éloquents à ce sujet qu’on commence à penser que le premier, et probablement le meilleur moyen connu à ce jour pour ralentir le vieillissement du cerveau et de l’organisme, c’est tout simplement de bien dormir… 

Pour finir, quelques astuces pour diminuer les risques de chutes lors d’un lever nocturne :  

 

Étape 1 : Placez une lampe de chevet, à portée de main, et facile à allumer 

Étape 2 : Veillez à ce que le chemin vers les toilettes soit éclairé (lumière douce, idéalement lumière qui se déclenche au mouvement) 

Étape 3 : Évitez tout ce qui peut provoquer une chute : meuble, chaise, tapis...

Étape 4 : Pensez à un moyen simple et rapide de prévenir : un téléphone près du lit, un bip autour du cou, etc. Toute solution qui permet, en cas de chute, une intervention rapide !